jeudi 2 avril 2015

Montrachet : Toutes les bouteilles ne se valent pas



  • Il faut déguster le Montrachet à genoux affirmait Alexandre Dumas. Mais on dit aussi qu'avec mon Bastard on boit du homard


Il ne faut pas se leurrer : L'achat d'une seule bouteille de Montrachet relève de la recherche du Graal avec la même démarche initiatique, voire mystique pour certains. Le célèbre grand cru produit entre 40 000 et 50 000 bouteilles par an, ce qui ne représente qu'une toute petite fraction de la production d'un grand cru bordelais. La demande mondiale est immense. 
Songez qu'un des hommes les plus riches du monde, grand amateur de bourgognes blancs, envoie chaque année un chèque en blanc, avec un petit mot en français : « Mettez ce que vous pouvez ! »


Parmi les 18 propriétaires et 27 producteurs, tous ne se valent pas, loin de là. Le grand cru se partageant par moitié côté Puligny et côté Chassagne. Le côté Puligny serait plus fin, le côté Chassagne plus gras. En fait, c'est un peu plus compliqué, car la partie Chassagne est située sur la parcelle Dents de Chien, plus calcaire, donc plus fine, mais avec plus de soleil et plus de chaleur, donc des vins plus amples.



Le terroir n'explique pas tout, il faut encore compter sur la personnalité du producteur et son degré d'exigence, très variable. A l'arrivée, 27 personnalités différentes se côtoient mais ne se rencontrent jamais, car, outre leurs prix qui sont dissuasifs, toutes ces bouteilles sont prises d'assaut par les amateurs du monde entier. A priori, il est un peu moins difficile de dénicher un flacon élaboré par la maison Drouhin (presque un quart de la production) qu'au domaine Leflaive (300 bouteilles), mais ce n'est pas sûr. La quête, difficile, relève de la démarche initiatique. Le bonheur absolu est d'avoir la chance d'en goûter une fois dans sa vie.

Vins rares : La prime aux primeurs
Ils se vendent et se boivent plus jeunes que les bordeaux, mais en revanche sont produits en plus petites quantités. Alors, quand on veut être sûr de pouvoir déguster son vin préféré...

Il y a de cela trente ans environ, les Bordelais lançaient la vente « en » primeur. Là-dessus survint un raz de marée que personne n'avait anticipé : internet. Tout d'un coup, le marché se trouva multiplié par 100, 1 000, 100 000 ! Soudainement l'amateur de Hongkong ou de Valparaiso put en moins d'une heure sélectionner une bouteille, puis passer commande.
Or, généralement, un connaisseur capable de s'offrir les grands rouges du Médoc ou de Saint-Emilion est également amateur de grands blancs de Bourgogne. Qu'il faut donc lui proposer aussi.

Un phénomène moins important que dans le Bordelais
Millésima, l'une des principales maisons de négoce de Bordeaux (et la première d'Europe pour la vente par correspondance de vins français), fut en l'occurrence précurseur, proposant dès 1996 les puligny-montrachet et corton-charlemagne d'Olivier Leflaive. Les années suivantes le catalogue s'étoffa : Bouchard, domaines Devillard, Chanson, Faiveley, Labouré-Roi, Laroche... Aujourd'hui, du chablis au pouilly-fuissé, presque tous les crus de Bourgogne s'offrent ainsi en primeur.

« Je crois cependant que le phénomène ne connaîtra jamais l'ampleur qu'il atteint à Bordeaux, dit Louis-Fabrice Latour, PDG de la maison de négoce. Essentiellement parce que nos vins se vendent et se boivent beaucoup plus jeunes. Songez que nous livrons déjà les blancs de 2006 ! Ainsi l'intérêt tarifaire de la commercialisation en primeur se trouve naturellement diminué ; en revanche, en achetant ainsi, l'amateur est assuré de disposer de vins rares, produits en toutes petites quantités. Millésima maîtrise parfaitement le processus : voilà pourquoi je leur réserve l'exclusivité de nos primeurs. »

Reste à savoir ce que vaudra 2007. « Du point de vue des prix, pas de changement par rapport au millésime précédent pour le haut de gamme, environ 5 % de moins pour les petits "villages" et les appellations régionales, répond Jean-Claude Mitanchey, directeur du château de Meursault. Du point de vue de la qualité, ce sera un peu au-dessous de 2005, et un peu au-dessus de 2006, avec des rouges très marqués par le terroir, très élégants, très charmeurs, qui s'épanouiront pendant cinq à dix ans. Les blancs ont souvent été récoltés un peu trop tôt et manqueront un tout petit peu de profondeur, mais en revanche ils ont une richesse aromatique exceptionnelle, et dans huit ans on s'en régalera encore. »
Demain une autre région....

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